Un voyage à travers le silence : un livre sur le destin de quatre violoncellistes
Cello: A Journey Through Silence to Sound, de Kate Kennedy, publié chez Bloomsbury le 15 août 2024 (non encore traduit) : A travers une quête centrée sur l’histoire de leurs violoncelles perdues, l’auteure trace les destins de quatre violoncellistes marqués par la persécution, l’exil, la catastrophe ou la perte : Pál Hermann, violoncelliste et compositeur juif hongrois déporté en 1944 ; Lise Cristiani, pionnière du violoncelle soliste féminin au XIXᵉ siècle ; Anita Lasker-Wallfisch, survivante d’Auschwitz parce qu’elle jouait dans l’orchestre des femmes du camp ; et Amedeo Baldovino, du Trio de Trieste, qui perdit le Stradivarius “Mara” dans un naufrage. Le livre est à la fois enquête biographique, méditation sur l’instrument, récit de voyage et réflexion intime sur ce que signifie perdre — ou retrouver — la voix du violoncelle.
Un voix réduite au silence
Le cas de Pál Hermann est particulièrement poignant parce que son violoncelle eut, en quelque sorte, une destinée séparée de la sienne. Après un concert au Wigmore Hall en 1928, des mécènes néerlandais, Louise Bachiene et Jaap de Graaff, lui procurèrent un violoncelle Nicolò Gagliano, instrument qui l’accompagna dans sa carrière européenne. Lorsque Hermann fut arrêté à Toulouse et déporté, ce Gagliano fut sauvé grâce à une substitution clandestine : son luthier remplaça l’instrument par un violoncelle d’étude afin de le soustraire aux nazis. Redécouvert des décennies plus tard, ce violoncelle est devenu un témoin matériel de la vie brisée d’Hermann, mais aussi de la survivance de sa musique et de sa mémoire. Il a été retrouvé après la publication du livre de Kennedy mais indirectement grâce à ses recherches. Voici un lien pour l’écouter et comprendre son histoire. https://www.youtube.com/watch?v=tPAFk2blwDs
Comme compositeur, Hermann laisse un catalogue restreint mais très révélateur de son milieu musical : élève et proche de Bartók, Kodály et Zoltán Székely, il écrit pour les cordes avec une énergie rythmique et une concentration expressive typiques de l’Europe centrale de l’entre-deux-guerres. IMSLP recense 24 pages d’œuvres sous son nom, dont un Concerto pour violoncelle, des duos pour violon et violoncelle, un trio avec piano, des pièces pour piano, des mélodies.
Un trio très accessible qui intéresserait les musiciens amateurs.
Le String Trio / Vonóshármas, pour violon, alto et violoncelle. Ce trio à cordes, en un seul mouvement, d’une durée moyenne de 7,5 à 10 minutes, est disponible sur IMSLP avec partition et parties séparées ; son effectif classique — violon, alto, violoncelle — en fait une œuvre idéale pour faire entendre, dans un format bref, le langage nerveux, lyrique et contrapuntique d’un musicien dont la carrière fut brutalement interrompue.
Les interprétations disponibles restent peu nombreuses, ce qui rend chaque enregistrement particulièrement précieux. On peut citer le disque Forbidden Music in World War II, publié par Etcetera, où le String Trio est joué par Burkhard Maiss, Hannah Strijbos et Bogdan Jianu ; l’œuvre figure aussi dans l’album Silenced Voices du Black Oak Ensemble, qui la replace dans le contexte plus large des compositeurs juifs d’Europe centrale réduits au silence par la guerre.